1. Les théories et pratiques classiques de la conception sont peu adaptées aux projets innovants

Les théories traditionnelles de la conception reposent sur :

  • la modélisation des objets et des connaissances selon les règles de la logique classique (ontologies stables, définitions figées, tiers-exclu…)
  • des démarches d’optimisation à partir d’un répertoire de solutions possibles. Ces modèles sont bien adaptés à des projets bien réglés et répétitifs, mobilisant des métiers bien connus ou aux périmètres d’action stabilisés.

En revanche, ils sont peu adaptés, voire contre-productifs, lorsque les projets exigent un contenu fortement innovant et créatif, nécessitant le recours à la recherche, et à une multiplicité d’expertises et de parties prenantes.

Ces constats ont conduit l’équipe  » Conception et innovation  » (A. Hatchuel, B. Weil, P. le Masson, B. Segrestin), à créer, dès 1994, un enseignement novateur en  » Ingénierie de la Conception  » et un programme de recherche qui a conduit à des percées théoriques importantes. Ces enseignements ont été repris dans les grandes Ecoles d’Ingénieurs françaises et étrangères et ont connu une reconnaissance internationale rapide.

2. La théorie C-K de la conception : une percée fondamentale

Pour coller à la réalité des projets d’innovation, il fallait dépasser les logiques de l’optimisation et la modélisation rigide des objets. Or, plusieurs révolutions scientifiques du dernier tiers du 20ème siècle rendent possible une théorie de la conception qui explique la génération d’alternatives originales et l’évolution d’identité des objets, nécessaires aux projets innovants. Car, on peut montrer que les raisonnements de conception innovante obéissent à une rationalité rigoureuse mais inattendue.

C’est le résultat majeur obtenu par la théorie nouvelle de la conception, ou théorie C-K, développée à MINES ParisTech.

La théorie C-K montre que tout raisonnement innovant se construit simultanément sur deux espaces de pensée qui obéissent à des logiques différentes : un espace de concepts (C) qui contient des propositions provisoirement indécidables et un espace de connaissances (K) qui contient des propositions établies (vraies ou fausses).

C’est l’expansion conjointe de ces deux espaces qui force la génération d’objets inconnus à partir de faits connus.

De plus, les relations entre ces deux espaces mettent en évidence des types d’opérations cognitives, qui, sont distinctes des raisonnements classiques de déduction ou d’induction et qui sont indispensables au travail de conception créative.

La théorie C-K a vite été confortée par des résultats d’une grande profondeur : elle acheter viagra france pas cher généralise aux espaces d’objets la méthode du Forcing de Paul Cohen qui constitue une des étapes les plus importantes de la théorie des ensembles modernes . En outre, au-delà du champ mathématique, les apports de la théorie C-K s’étendent aujourd’hui à de multiples domaines : théorie du langage, théorie de la création artistique, théorie psycho-cognitive de la créativité…

3. L’accueil scientifique de la théorie C-K : une reconnaissance internationale

La théorie C-K a fait l’objet d’une validation internationale rapide, compte tenu de sa nouveauté et de son niveau de généralité. Depuis 2001, la théorie est discutée dans plusieurs publications (Journal of Engineering Design, Research in Engineering design, Journal of Creativity and Innovation management…) et plusieurs thèses sont développées à son propos.

En Août 2007, la Design Society, la principale académie scientifique du domaine, a annoncé la création d’un groupe spécial (SIG) en  » Design Theory  » et a demandé à l’équipe de l’Ecole des Mines d’en prendre la direction scientifique. Le président en sera Armand Hatchuel, avec comme co-président Yoram Reich de l’université de Tel Aviv. Ce groupe international s’est réuni pour la première fois à l’école des Mines en Janvier 2008. Les prochaines manifestations sont prévues à Paris en Février 2009 et à Stanford en août 2009.

En matière d’enseignement, la théorie se prête autant à un enseignement magistral qu’à sa mise en œuvre dans des ateliers de conception. Elle est enseignée dans de nombreuses écoles d’ingénieurs et dans certaines écoles de design.

4. L’impact industriel de la Théorie C-K : de nouvelles voies pour combiner innovation radicale et travail collaboratif

Les entreprises ont fait un accueil favorable et quasi immédiat à la théorie C-K. Beaucoup d’industriels ont vite perçu qu’elle améliore considérablement – les stratégies d’innovation, l’organisation des équipes d’innovation, – le management des recherches, et le pilotage de la valeur créée par les innovations. Depuis une dizaine d’années, la théorie a pu être mise en pratique dans une trentaine d’entreprises allant de la grande consommation à la High Tech, y compris dans des entreprises étrangères (Volvo, Novonordisk, SAAB Aerospace…).

Les entreprises fondatrices de la Chaire ont toutes engagé depuis plusieurs années, des développements s’inspirant de la théorie C-K (notamment les ateliers KCP) et ont choisi sur ces bases de soutenir l’amplification et l’approfondissement de ce programme de recherche et d’enseignement.